Enquête / Rentrée scolaire 2017-2018 : Le drame des enfants handicapés

A l’exception de quelques familles dans les quartiers précaires d’Abidjan et dans certaines régions de la Côte d’Ivoire, la grande famille des handicapés psychiques et moteurs constituent une perte ou un déchet pour des familles pauvres. Surtout pendant la rentrée scolaire, la plupart de ces enfants sont privés du chemin de l’école. Car ils constituent le dernier souci de leurs parents ou sont victimes de certains comportements et pratiques des parents.

Cet enfant handicapé réclame le chemin de l’école.

 Des enfants handicapés privés du chemin de l’école.

Pour cette rentrée scolaire 2017-2018, nombreux sont les enfants handicapés des quartiers pauvres d’Abidjan et des certaines régions de la Côte d’ Ivoire qui ne connaitront pas le chemin de l’école. Ils ne seront pas tout simplement inscrits dans le registre de l’école ivoirienne à cause de leur handicap que certains parents des familles très pauvres trouvent comme une fatalité pour l’école. Ils sont victimes d’une mentalité fortement révolue des parents qui pensent qu’investir sur un enfant handicapé est une perte. A chaque rentrée des classes, surtout dans les zones rurales, le cas des enfants handicapés exclus du système éducatif est très inquiétant pour l’avenir de ces enfants. En effet, pendant la rentrée des classes l’on constate que la plupart des enfants qui présentent un handicap accompagnent leurs frères et sœurs qui ont l’âge d’aller à l’école. Ces derniers se déplacent à l’aide d’une béquille, certains dans des roulettes dont les roues sont presque inexistantes ou usées à défaut du manque de moyens des parents pour réparer les deux roues. Déjà conscients du refus des parents à les inscrire au CP1, ces tout-petits présentent une mine piteuse, encourageant leurs frères et sœurs à aller à l’école. Certains même n’hésitent pas à  accompagner leurs frères et sœurs jusque dans le bureau du directeur de l’école. « Il ne faut pas avoir peur du maitre. On dit qu’il ne frappe pas. Si tu réussis à l’école, tu vas venir me chercher aussi. Mon père dit que moi je ne peux pas aller à l’école », a fait savoir un enfant abattu par le désespoir et qui avait l’âge d’aller à l’école précisément à Sualla village situé dans le département de Séguéla. Selon sa tente, il aurait été victime d’un violent coup de bâton que sa mère aurait  pris pour taper son père lors d’une bagarre quand il était encore bébé. Ce violent coup de bâton qu’il a subi dans le pied l’a rendu infime. Le cas de ces enfants victimes de maladies est devenu une coutume durant la période scolaire.  Le cas de cet adolescent cité plus haut va au-delà de l’inimaginable.  Au cours des repas, il est servi à part. Il ne mange pas avec les autres enfants. Une situation qui l’oblige souvent à mener une vie de solitaire. Lui-même conscient de la place qu’il occupe dans la famille, fait qu’il n’approche personne. On a l’impression qu’il est un peu abandonné par la famille.

Des enfants presque abandonnés par leurs parents.

Particulièrement dans les quartiers Colombie dans la commune d’Abobo, SICOBOIS,  Doukouré et Andokoi Dépôt dans la commune de Yopougon et le quartier Gbagba dans la commune de Bingerville  que nous avons visités il y a beaucoup d’enfants handicapés. Pour certains, les enfants handicapés sont le fait de la sorcellerie. Selon eux, les parents n’ont pas obéi à une coutume par exemple, oubien l’enfant handicapé est lui-même un génie. De ce fait il faut l’éliminer. Et si on ne l’a pas pu, on le cache. Par ailleurs, notre équipe de reportage en faisant le tour de ces quartiers a constaté que ces zones abritent beaucoup d’enfants handicapés qui ne vont pas à l’école. C’est surtout au SICOBOIS un quartier précaire de Yopougon, que quand il nait pour un enfant handicapé la situation devient grave. C’est la faute de la mère, c’est elle qui a mis au monde un enfant handicapé. Soit elle est répudiée, soit le mari l’abandonne avec les enfants. « Qu’est ce qu’un enfant handicapé peut m’apporter. D’ailleurs, je n’ai pas assez de moyens pour son suivi à l’école. Quelle assistance peut-on lui accorder concrètement ? », a indiqué M.Soumahoro Issiaka, père d’un enfant handicapé. Les enfants malvoyants et malentendants par exemple ne sont pas  épargnés. Ils ne sont pas scolarisés, parce que pour les parents ce sont des enfants dont l’intelligence est détruite. Par ailleurs, au Nouveau Pont, l’un des plus gros quartiers précaires dans la commune de Cocody, les communautés musulmanes, chrétiens ou animistes ont le même comportement à l’égard de ces enfants victimes d’un handicap. Les musulmans poussent les enfants à la mendicité. Les chrétiens vont à la prière et s’ils n’obtiennent pas de résultats spectaculaires, on enferme  l’enfant comme chez les animistes. Dans ce quartier, les personnes handicapés sont des laisser pour compte. On a même l’impression qu’aucune structure étatique ne s’occupe d’eux. C’est le même constat à Boribana dans la commune d’Attécoubé. Dans ce quartier, l’on se rend compte que les mamans n’ont pas d’activités leur permettant de venir en aide à ces petits infimes. Dans leurs familles, leurs frères et sœurs généralement scolarisés ne s’occupent pas d’eux. Le matin, tout le monde vaque à ses occupations. Que tu sois écolier ou que tu vendes, chacun mène une petite activité. Tout le monde part de la maison et l’enfant est obligé d’être enfermé. Et quand il a la possibilité de sortir dehors, il va mendier car il faut qu’il ait de l’argent pour vivre. Les enfants handicapés issus surtout de ces quartiers pauvres sont vraiment des personnes qui ont besoin des gens qui les comprennent qui les acceptent tels qu’ils sont surtout qui acceptent de marcher avec eux.

L’enfant handicapé constitue encore le dernier des soucis de ses parents.

Cette jeune fille infime manifeste l’envie de découvrirs les bancs de l’école.

La scolarisation de l’enfant handicapé n’est pas le premier souci des parents des quartiers pauvres d’Abidjan. La mère part tôt le matin à la recherche du quotidien, les frères et sœurs vont à l’école. Les parents des familles démunies pensent moins à la vie de l’handicapé moteur ou psychique. C’est vrai qu’aujourd’hui quand on discute avec un enfant handicapé il vous dit ceci : « moi je peux apporter  quelque chose à mon pays. Ce n’est pas parce que je suis infime que je ne peux pas faire quelque chose.  Moi je travaille bien à l’école. », A indiqué l’un des enfants handicapés qui grâce à un ami à son père a eu la chance de découvrir le chemin de l’école. Mais, il ya 5 ans, il n’aurait pas dit cela parce que avec tout ce qu’il y avait autour de lui, les pratiques des parents, il se croyait réduit à zéro. En dépit de cela, nombreux sont les parents récalcitrants des quartiers pauvres qui refusent encore de scolariser les enfants handicapés malgré les appels incessants de Mme Kandia Camara ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle, de Mme la ministre de la Santé et de la ministre de la Famille et de l’Enfance.

90% des enfants handicapés sont exclus de l’école en zone rurale.

Dans les zones rurales, surtout dans les villages la plupart des parents de ces enfants infimes préfèrent orienter leurs enfants vers les travaux champêtres. Ces enfants sont considérés comme des subordonnés de la société. Bien que la solidarisation des enfants soit gratuite au CP1 le taux du nombre d’enfants handicapés inscrits est très faible. Les parents préfèrent que les enfants les suivent au champ ou pratiquent d’autres activités telles que l’artisanat, la forge, le commerce, l’élevage etc. Indéniablement, 90%  des enfants qui présentent un handicap sont exclus du système éducatif dans les zones rurales. C’est le même son de cloche dans presque tous les villages de Côte d’Ivoire. L’aide de Mme Kandia Camara ministre de l’Education Nationale est souhaitée afin que l’excellence au niveau des enfants handicapés intellectuels ou psychiques soit célébrée, ensuite sensibiliser la communauté villageoise pour un changement de comportement à l’égard de ces enfants. La majorité de ces enfants ne sont pas sans aucune solution éducative. L’heure n’est plus à l’interrogation sur le droit à la scolarisation. Elle est à la mise en place de tous les moyens pour faire de ce droit une réalité tangible pour tous les enfants. Certes, les structures sociales en charge de la réinsertion de ces enfants à l’école se battent afin de pallier un temps soit peu à l’absence de la politique en faveur des enfants handicapés intellectuels ou psychiques et moteurs. Mais, beaucoup reste à faire. Elles doivent plus élargir leur performance en approchant les familles les plus pauvres des différentes régions du pays. Car malgré l’existence des structures d’accueil de ces enfants, beaucoup d’entre eux restent à la maison pendant la période des classes surtout dans les familles extrêmement pauvres.

Enquête réalisée par Fofana Zoumana

Photo : Fofana Sékou

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